Allocution de François Lorre, Président du club de Suresnes Puteaux, lors de la passation de pouvoir du 23 juin 2004


Madame et Messieurs les Gouverneurs, Mesdames et Messieurs, Chers amis,
Vous nous faites un grand honneur, et particulièrement au nouveau Président, d’être venu si nombreux à cette passation de pouvoir, manifestant ainsi votre encouragement, votre adhésion et votre confiance à ceux qui dirigeront le club. Il s’agit bien de la soirée statutaire, la plus emblématique de l’année. Un grand merci à tous.

Mon cher Jean, la roue Rotarienne tourne, et elle tourne vite, puisque déjà, tu me passes le relais. Es tu triste ou es tu soulagé ? Je suis conduit, avec plaisir, à faire ton éloge, comme un nouveau membre de l’Académie Française. La différence, c’est que dans ce dernier cas, celui à qui s’adresse l’éloge n’est plus là pour le contester, ce qui est plus confortable. Je vais donc faire attention et court, car tu as évoqué l’essentiel, et ne voudrais pas heurter ta modestie.
Je me souviens, lors de ton mariage, avoir évoqué « l’homme pressé » cher à Paul Morand. Je ne renierai pas ces propos, car tu es, dans la vie et dans tes fonctions, l’image d’un homme capable d’embrasser plusieurs missions de front, de les mener à bien, et de chercher toujours et inlassablement des opportunités d’apporter ton dynamisme et ta compétence au sein de la société. Ton principal mérite au club a été, selon moi, de redonner un certain lustre à nos réunions par des conférenciers éminents, hauts fonctionnaires et industriels, et renouer avec nos édiles des relations qui s’étaient distendues au fil des années. La présence de Madame la Députée Maire que je remercie particulièrement, en est l’illustration ce soir. Enfin, ta Présidence du MEDEF, nous a permis d’apprécier l’amélioration culinaire qui s’imposait, mais oui ! Cela compte aussi, et je citerai un dicton vietnamien, « c’est par le ventre que l’épouse garde son mari au foyer », ainsi, nous n’aurons pas à aller voir si l’herbe est plus verte dans le jardin du voisin.
Merci à toi Jean, mais aussi à Yawei, qui t’a incontestablement aidé sur le plan moral, et chacun sait que c’est le départ de toute chose. Je suis heureux de t’offrir au nom du club tout entier ce présent, un livre sur la peinture orientaliste, en sollicitant ton aide pour la mission qui m’est confiée, et nous rendons hommage à ton épouse, par ce bouquet de fleurs, dont les couleurs symbolisent en Asie, le bonheur et la prospérité

Le magazine « l’Expansion » a qualifié le Rotary de club « philanthropique, élitiste et lieu de pouvoir ». On ne prête qu’aux riches, et le Rotary réunit, il est vrai, davantage de dirigeants, fonctionnaires de hauts rangs, et professions libérales que les autres clubs service. Nos statuts et règlements nous invitent clairement à être élitistes, il n’est pas politiquement incorrect de le proclamer, et sommes censés correspondre à cette exigence.
Devenir Rotarien signifie donc avoir satisfait aux critères professionnels, financiers, sociaux et culturels, afin que tout membre sache jouer le rôle social qu’on attend de lui, dans le club, dans la cité, et auprès des institutions qu’il aura à rencontrer.

Comment s’épanouir au sein d’une association comme la nôtre ?
Je ne dirai rien d’original sur le sujet, mais cela me permettra de rappeler ce qui nous fait nous réunir et oeuvrer ensemble pour propager l’éthique et les buts que se fixe le Rotary.

Critères d’éthique professionnelle et amitié. Tels sont les deux principaux piliers qui ont inspiré Paul Harris.
Si le recrutement se réalise à partir de classifications professionnelles c’est parce que la défense des valeurs morales et les comportements dans la société sont d’abord celles véhiculées dans la vie active, vie de travail, de création, et de pouvoir. Les mutations de la société sont le fait d’hommes et de femmes d’action et de conviction, qui, par leurs situations sociales et professionnelles, ont entrepris de faire évoluer l’humanité.

L’éthique, c'est à dire ce qui concerne les mœurs, le caractère et la morale, ne peut évidemment être absente de nos préoccupations, puisqu’elle est censée porter vers le haut les Rotariens, dans leurs actions et vers leurs relations, dans le cadre professionnel et privé.
L’amitié qui nous unit est d’abord la conséquence et le ciment de notre engagement, mais elle s’enrichit au fur et à mesure de nos réunions statutaires et de tous les prolongements auxquels ils donnent ou devraient donner lieu. L’amitié ne se décrète pas, c’est le fruit des affinités qui se tissent, la plupart du temps, dans un milieu homogène. Mais pensons à ce que disait l’américain Emerson: « La seule façon de se faire un ami est d’en être un ».
Dès lors que nous avons été admis au sein d’un club, être un bon Rotarien ne semble pas difficile puisqu’il s’agit simplement d’être en conformité avec ses propres engagements, librement consentis. Mais n’oubliez pas qu’en faisant une promesse, on contracte une dette. L’une d’elles consiste à participer aux actions du club, selon ses possibilités, de préférence sans ostentation, et sans attendre de remerciements particuliers, car nous n’avons fait que notre devoir. Les fonctions que nous occupons sont des charges, et non pas des honneurs.

Mais il en est au Rotary comme ailleurs. Nous sommes un microcosme, peu éloigné de la société en général. L’être humain, même le meilleur, a ses imperfections, sinon il serait Dieu.
La philosophie n’est pas ici mon propos, mais tout se qui concourre à l’amélioration du sort de l’humanité, fait tangenter l’éthique, la morale et la philosophie.
Tous les groupes qui, par le monde, tentent de soulager leur prochain, ont su, eux aussi, agréger les bonnes volontés, en oeuvrant dans une seule direction : celle d’apporter un peu de bonheur là ou il manque le plus.
Le bonheur, ce maître mot à mon sens, a pourtant du mal à percer à travers les barrières, les contraintes, les conflits, les ambitions, les incompréhensions… Que manque t-il le plus souvent? La bonne volonté réciproque, celle, précisément, évoquée par le Rotary.
Le club est l’affaire de tous. Le Président seul ne peut rien. Son rôle est d’insuffler, arbitrer et décider en final, en accord avec son comité. Mais ce n’est pas suffisant. Sans l’adhésion des membres aux actions et aux choix qui sont proposés, le club n’est pas viable.

Notre engagement Rotarien puise ses principes dans la notion du Devoir et du Service. Goethe, a écrit : « Le Devoir, c’est aimer ce que l’on se prescrit à soi même ». Nous nous sommes prescrits un comportement en rejoignant un club Rotary, honorons nous en le respectant.
Les éventuels conflits ou divergences entre membres concernant la sphère privée sont aussi l’affaire du club, parce qu’ils transparaîtront forcément dans le club. Que seraient un engagement et un comportement qui changerait du tout au tout dès le tintement de la cloche de 14 h ? On est Rotarien à plein temps, et pas seulement quand ça nous arrange. On ne revêt pas un costume de civilité l’espace d’un repas hebdomadaire pour se défroquer en partant.

Quant à notre devise « Servir d’abord », je pourrai de nouveau citer Goethe en reprenant ce qu’il disait : « Toute vie inutile est une mort anticipée »

Les qualités d’un vrai Rotarien, mais je pourrais ajouter « d’un homme véritable », sont l’altruisme, la modestie, l’humilité et le courage. Dur, dur n’est ce pas ? Mais les avantages collatéraux en seront l’amitié et le bonheur. N’est ce pas là, la meilleure récompense possible ?

Rien de grand, de beau, ou de bien ne se fait sans enthousiasme. « Brûler pour enflammer » telle pourrait être aussi, la devise du Rotarien. « Il n’est pas nécessaire de réussir pour persévérer » disait Guillaume d’Orange, le Rotary est une grande ambition internationale, et elle doit être celle de chacun de ses membres, éprouvons nos limites pour aller le plus loin, mais comme disait Marcel Pagnol : « Si vous voulez aller sur la mer sans aucun risque de chavirer, alors n'achetez pas un bateau, achetez une île »

Chers amis, j’ai voulu par ces quelques rappels évoquer avec sincérité et honnêteté, ce qu’est « mon Rotary », c'est à dire tel que je l’ai compris, et tel que j’aspire à ce qu’il se maintienne.

Et les actions ? Car le Rotary sans actions perd son sens !
L’alphabétisation, la santé, la famille et l’eau, sont les quatre thèmes auxquels vient s’ajouter le centenaire du Rotary. Tel est le menu auquel sont conviés les Rotariens du monde. Nul besoin de s’étendre sur l’intérêt de ces choix. Le fil rouge nous apparaît clairement. C’est le développement de la liberté et de la dignité de l’homme à travers ce qui représente, son sens et l’essence de l’existence elle-même, pour permettre au monde un jour, d’approcher ce bonheur que j’évoquais précédemment.

Notre club a une moyenne d’âge de départ en retraite. Permettez moi cependant de penser que ce ne devrait pas être un handicap à l’action, et ferai référence pour la troisième et dernière fois, à ce penseur romantique et éclairé, et a ce philosophe qu’était Goethe, auxquels nos amis de Gottingen doivent être particulièrement attachés, qui disait encore : « Je suis trop vieux pour blâmer, mais assez jeune pour agir ».

J’effleurerai seulement ce soir un programme. Sachez que l’amitié et la cohésion de notre groupe seront, avant toute autre chose, ma priorité. Je répondrai fortement au thème de la famille, car nous devons impliquer notre environnement familial dans la vie de notre club davantage que par le passé.
Je propose, dans cette perspective, que nous organisions notamment une soirée des épouses. Elles seront nos invitées, et nous les encouragerons à s’exprimer sur la vision qu’elles ont du Rotary, de leur expérience de femmes de Rotarien et évoquer leur vie professionnelle, si elles le souhaitent.

L’eau et la santé sont des actions récurrentes de notre organisation. En participant à la construction de puits pastoraux, nous nous inscrivons pleinement dans cette perspective. Une Action d’intérêt Public Mondial va être élaborée pour cette cause, entre notre club, celui de Göttingen, celui de Milan, sans oublier le club de Niamey, club d’accueil bénéficiaire de cette opération qui devra, lui aussi, s’engager, pour une action humanitaire concernant sa propre région, même si financièrement sa contribution restera symbolique. Rappelez vous cependant ce que disait Bouddha : « L’important n’est pas de donner du poisson à celui qui a faim mais de lui apprendre à pêcher ». Quant à l’alphabétisation, louons le ciel d’être relativement épargné en France par ce problème, mais qui existe néanmoins, nourris par l’immigration et la carence d’autorité des institutions et des familles.

L’année Rotarienne qui commence est l’année du centenaire. La devise de notre nouveau Président international est « Célébrez le Rotary ». Notre Gouverneur, Pierre Louis Doucet, nous en dira quelques mots tout à l’heure. Profitons de cette dynamique pour savoir rayonner encore davantage sur notre territoire, notamment en organisant des soirées « portes ouvertes » et en nous fixant aussi l’objectif d’installer des roues Rotariennes sur les principaux axes de notre territoire. Je compte sur Jean notamment pour faire avancer ce chantier auprès de nos municipalités et concrétiser cette opération avant fin 2005.

Mais parler du Rotary implique de le connaître, et c’est la raison pour laquelle j’ai constitué un « vade-mecum » des connaissances de base qui vous sera remis ce soir pour parfaire votre communication avec l’extérieur. Je proposerai aussi de traiter un certain nombre de thèmes rotariens, afin d’avoir plus de conférences au cours de nos réunions.

L’opération « chien guide d’aveugle » entre dans sa quatrième année et verra son aboutissement avant la fin du mandat qui m’est confié. D’une façon ou d’une autre.

Enfin, nous avons commencé l’année écoulée à nous rapprocher de notre club filleul. L’union fait la force. Mais, pour faire alliance, il faut être deux (au moins !). Des dîners à thème devraient pouvoir nous réunir, un accord a été pris avec celui-ci et le Lion’s club.

Je terminerai en évoquant le sujet dominant pour notre club, c'est-à-dire nos difficultés à recruter et bien recruter. Toutes les associations y sont confrontées. Il y a une crise de vocation à servir. Mais, cet état de fait ne doit pas nous amener à ouvrir nos portes en minorant nos exigences. Ce n’est pas la quantité de Rotariens dans un club qui est déterminant, c’est la qualité de ceux-ci, qui seule permet de rayonner à travers l’exemple et l’engagement, dans le club et la cité. Nous avons perdu en partie le tissu professionnel qui fait la spécificité du Rotary, c'est-à-dire la représentation des professions libérales majeures ainsi que des chefs d’entreprises importantes implantées localement. Notre action doit être de revenir aux sources du recrutement rotarien. Les cadres intermédiaires ont rarement, notamment à cause des 35 h, l’autonomie suffisante pour être actifs et n’accorderont que rarement la priorité de leur investissement social et financier pour notre mouvement. Cet effort de recrutement ciblé sera difficile et il devra s’inscrire dans l’action des mes successeurs. Enfin, une candidature doit recueillir l’adhésion de tous. Dans le cas contraire, l’harmonie du groupe s’en trouve menacé.
Posons-nous simplement la question suivante avant de choisir un nouveau membre : Ai-je envie de m’en faire un ami ? en gardant en mémoire ce que disait Montesquieu : « Ce n’est pas l’esprit qui fait l’opinion, c’est le coeur »

Voilà vous savez tout ou presque des ambitions de notre comité et de moi-même, et je n’ai pas pratiqué dans mon intervention la langue de bois. Napoléon disait : « si c’est possible c’est fait, si c’est impossible, cela se fera ». Avec vous tous, avec nos compagnes, faisons en sorte que notre groupe puise une nouvelle vitalité dans ses propres ressources d’entente réciproque, d’imagination, d’amitié, et de bonheur partagé.

François Lorre le 23 juin 2004